Reportage: Le retour des spiritualités parallèles

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Reportage: Le retour des spiritualités parallèles

Vendredi 20 avril 2018
Rituels entourant la nouvelle lune, pierres et cristaux thérapeutiques, bâtons de sauge... Les pratiques que l’on qualifiait autrefois d’ésotériques sortent de plus en plus de l’ombre et gagnent en popularité. Coup d’œil sur ces traditions ancestrales.

 

 

Le désir de se sentir connecté à quelque chose de plus grand que soi est une préoccupation commune; c’est notamment ce que les grandes religions apportent à leurs milliards de fidèles. Mais les spiritualités parallèles connaissent une résurgence, parce que les tabous qui y sont associés s’estompent. Dans les sociétés occidentales, surtout chez les jeunes, il y a une volonté d’inclure et de reconnaître ce qui était autrefois marginalisé. Pour Marie-Renée Patry, praticienne éclectique et propriétaire de Charme & Sortilège, une boutique montréalaise spécialisée en magie blanche et sapiences traditionnelles, l’engouement grandissant pour ces pratiques va aussi de pair avec l’individualisation de la société. «Mis à part le bouddhisme, toutes les religions placent traditionnellement un intermédiaire entre la divinité et les fidèles. Il y a aussi des dogmes et des règles à suivre, alors que dans les spiritualités parallèles, l’individu communique directement avec le divin, selon ses propres vérités.» certaines personnes ont une propension naturelle à entrer en contact avec le monde invisible. D’autres suivent des ateliers pour apprendre à mieux le faire. «Les débutants commencent souvent avec la Wicca, une manière simple et accessible de s’initier aux énergies liées aux éléments. Mais les façons de procéder varient selon chaque praticien», indique Marie-Renée.

 

 

LES PIERRES ET LES CRISTAUX 

 

Les pierres accompagnent l’être humain depuis la nuit des temps. Les premiers outils, bijoux et œuvres d’art furent créés à partir de pierres et, aujourd’hui encore, elles nous servent dans plusieurs domaines. Mais au-delà de leur fonction utilitaire ou ornementale, les pierres et cristaux possèderaient des vertus thérapeutiques. En les portant sur soi ou en les plaçant dans un endroit déterminé de notre maison, on contribuerait à harmoniser notre flux énergétique. La densité, la couleur et la composition des cristaux jouant des rôles précis, les bienfaits seraient aussi nombreux que les variétés existantes. L’agate bleue, par exemple, favoriserait la bonne communication en aidant le chakra de la gorge à s’ouvrir; le quartz rose contribuerait quant à lui à la paix, au réconfort et à l’amour de soi. Après un certain temps d’utilisation, il est conseillé de purifier ses pierres afin de les recharger en énergie. La procédure varie selon le type de gemmes. Pour certaines, l’exposition à la lumière du soleil ou de la lune conviendrait; pour d’autres, un temps de repos sur un lit de sel, à l’obscurité, serait plus indiqué.

 

On retrouve ici l’idée que toute chose, toute matière, possède une énergie qui circule entre les objets, qu’ils soient animés ou non. Et c’est beau, des pierres! L’animatrice et fashionista Vanessa Pilon affirme d’ailleurs avoir à peu près autant de cristaux que de paires de chaussures. C’est dire! On peut se procurer des pierres et des cristaux dans les boutiques spécialisées et dans certains magasins d’artisanat oriental. 

 

 

LE CALENDRIER LUNAIRE 

 

La lune constitue probablement le symbole féminin le plus ancien et le plus fort, et pour cause. Le cycle menstruel est calqué sur ses phases, tout comme les marées. Adapter ses activités selon les phases lunaires contribuerait à une plus grande harmonie intérieure, à une intuition renforcée et à une meilleure gestion du quotidien. Chaque phase diffuse une énergie différente, qui dure de trois à quatre jours. A la nouvelle lune, il est conseillé de porter attention à ses rêves, de se connecter avec son inconscient, de formuler une intention pour le mois. Au premier quartier, c’est le temps de se retrousser les manches et de travailler à concrétiser cette intention. Le moment de la pleine lune représente un point culminant: le projet a été réfléchi, il a mûri; on peut maintenant le partager, l’officialiser. Par exemple, ce peut être un moment propice à la signature de contrats, à la publication ou à l’exposition d’une oeuvre. Durant la période du dernier quartier, on poursuit nos activités en tenant compte du bilan apporté par la pleine lune et on rectifie le tir, au besoin. À la phase balsamique (quand la lune n’est plus qu’un mince croissant), on termine ce qui a été commencé, on se débarrasse de ce qui ne convient plus, tant sur le plan émotionnel que mental et matériel, et on ralentit le rythme pour se préparer au prochain cycle. Certaines personnes soulignent la nouvelle et la pleine lune par des rituels ou des méditations, en solo ou en groupe. 

 

 

LA PURIFICATION À LA SAUGE 

 

Tout comme les pierres, les plantes sont utilisées depuis des lustres pour des remèdes et des rituels. Ici, comme ailleurs dans le monde, et malgré les avancées de la médecine moderne, les herbes médicinales sont toujours prisées. L’usage de la sauge blanche provient d’une tradition amérindienne. Les nations autochtones utilisent la plante sous plusieurs formes, notamment en infusion. Sa fumée sert à bénir, à nettoyer ou à guérir une personne, un lieu ou un objet. Cette plante aurait même le pouvoir d’absorber les énergies négatives. La fumigation est notamment conseillée lors d’un déménagement, afin de purifier la nouvelle demeure. Pour ce faire, il faut ouvrir toutes les portes et fenêtres et embaumer chaque pièce de fumée, à l’aide d’un bâton de feuilles de sauge qu’on aura brûlé comme de l’encens. En magie, on dit que la sauge peut aussi être utilisée pour neutraliser les présences malveillantes.

 

 

LES SORCIÈRES D’AUTREFOIS 

 

Femmes sages et sages femmes, celles qui historiquement ont reçu le nom de «sorcières» furent nombreuses. Il suffisait qu’elles possèdent un intérêt marqué pour les plantes, qu’elles prodiguent soins, conseils ou remèdes ou tout simplement qu’elles sortent des rangs, d’une façon ou d’une autre, pour être affublées de ce titre. Lorsque l’Église et l’État se sont arrogé le pouvoir exclusif de dicter ce qui était bon ou mauvais, les sorcières furent pointées du doigt, car elles représentaient la subversion, le péché, l’insoumission. Graduellement reléguées au rang de boucs émissaires, les sorcières sont dès lors tenues responsables des mauvaises récoltes, des maladies ou d’autres évènement malheureux. Aux XVIe et XVIIe siècles, en Europe comme en Amérique, plusieurs furent lynchées ou brûlées, souvent sans procès, à la suite de simples accusations. Rien pour donner envie aux femmes de sortir leurs branches de sauge ou leurs cristaux…

 

C’est dans les années 1970 que les spiritualités parallèles reprennent de l’ampleur, avec le mouvement New Age qui se popularise aux États-Unis. On s’intéresse aux cultures orientales, aux civilisations anciennes et au paganisme. Une approche individuelle et éclectique de la spiritualité est proposée. Rappelons qu’à cette époque, la jeunesse s’insurgeait contre le puritanisme, l’interdiction à l’avortement et la domination bourgeoise. Dans la mouvance de la contreculture, les milieux féministes américain récupèrent la Wicca (mouvement basé sur d’anciennes religions païennes) et diffusent ses préceptes. Outre la pratique de la magie, la Wicca prône le respect de la nature et la tolérance. On peut comprendre pourquoi ça résonne encore, même en 2018! 

 

 

 

Photo: Getty Images

 

Elisabeth Etienne