Rencontre avec Evelyne Brochu: la divine comédienne

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Rencontre avec Evelyne Brochu: la divine comédienne

Mardi 7 novembre 2017
Après avoir ébloui le monde entier dans les séries internationales Orphan Black et X Company, Evelyne Brochu est au cœur de la popularissime comédie québécoise Trop. Rencontre avec une intello rieuse dont l’incandescente beauté n’a d’égal que la splendeur d’une âme sensible, ouverte et radieuse.

 

 

Quand tu décris le lien qui unit ton personnage Isabelle, dans Trop, à celui de sa sœur, interprétée par Virginie Fortin, tu parles d’amour inconditionnel. Aimer, c’est important pour toi, n’est-ce pas?

 

Oui, vraiment! Dans ce sens, je m’identifie beaucoup à Isabelle. Les relations sont au centre de ma vie. Ce que j’aime de mon métier, ce sont les rencontres que je fais, les amitiés que je développe au fil du temps et des projets, l’esprit d’équipe, le contact avec les autres. Et c’est la même chose dans la vie. Au cœur de ma vie, il y a mon chum, mes amis, ma famille. 

 

Est-il important pour toi que les projets auxquels tu participes véhiculent des valeurs auxquelles tu crois?

 

Je pense que c’est pour ça que je les choisis et qu’ils me remplissent de joie. Comme Trop, par exemple. Je trouve que c’est une série qui célèbre la différence, qui nous dit qu’ensemble on est plus forts. C’est quand même une histoire avec des rebondissements et tout, mais il y a quelque chose d’inclusif dans cette émission où les personnages ne sont pas parfaits. Et je trouve qu’il faut produire un contre-discours: le monde manque de tendresse à plusieurs niveaux. Les États-Unis sont devenus un bully mondial. Or la société, c’est comme un orchestre: quand son chef normalise des comportements complètement indécents, ça attise les comportements complètement indécents. Tout ce qui peut nous aider à être plus doux, plus tendres, plus acceptants, plus heureux, plus chargés d’espoir, plus solidaires... Je trouve ça super! Nécessaire même. 

 

En regardant Trop, dont tu tournes actuellement la deuxième saison, on ne peut qu’être frappé par ta beauté rayonnante, à croire que tu y es plus belle que jamais...

 

Oh merci! Je vais surfer sur ce compliment-là pendant quelques semaines! (rires) Il faut savoir qu’il y a toute une équipe autour de ça: un grand directeur photo qui fait de beaux éclairages et une grande maquilleuse qui travaille de longues heures... Et Louise Archambault, l’une des réalisatrices, m’a dit: «Ça fait longtemps qu’on te voit à l’écran, mais on ne t’a pas vue lumineuse, on n’a pas vu la Evelyne que je connais, et c’est elle que je veux qu’on voie.» Le fait que j’étais en train de tomber en amour pendant le tournage de la première saison m’a peut-être aussi donné un petit «oumph»! (rires)

 

Quel rapport entretiens-tu avec la beauté?

 

La beauté a deux côtés, pour moi. Elle peut servir à mieux apprécier la vie. Ç’a peut-être l’air quétaine, mais ma grand-mère m’a toujours incitée à remarquer la beauté, celle d’un nuage, d’une fleur, d’une toile, d’une chanson ou d’une parole bien dite. Je pense qu’il faut remarquer la beauté, car c’est une des joies de la vie. Et la beauté, pour les femmes, peut être une façon de s’exprimer, de présenter au monde ce qu’on est, de s’amuser, de montrer sa lumière et de charmer. Ça peut être très sain. Par contre, la beauté peut facilement devenir un microcorridor où personne n’arrive à passer. Ça nous brime dans notre âme et dans notre capacité d’aller vers l’autre parce qu’on ne se sent pas à la hauteur. Et j’ai l’impression qu’on est toutes exposées à ce risque-là. Je pense qu’on doit faire attention à ne pas considérer la beauté comme devant être absolue: ceci doit avoir l’air de ça, ça c’est beau, ça ce ne l’est pas, etc. Il faut qu’on voie la beauté d’une façon très large et qu’on la remarque partout. Chez toutes les femmes et dans tous les instants de la vie. J’ai envie qu’on élargisse le champ de ce qu’on remarque comme étant de la beauté. Qu’on se dise les unes aux autres: «Eh que tu bouges bien!» ou «T’es tellement lumineuse aujourd’hui!»

 

 

 

 

Après trois ans d’absence sur les planches, as-tu hâte de jouer dans l’idiot, de Dostoïevski, au Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal, ce printemps?

 

Oui! Nastassia Philippovna, mon personnage, est paradoxale, dangereuse et envoûtante. Elle porte une grande tragédie doublée d’un grand espoir. Je me trouve vraiment chanceuse d’avoir un si magnifique défi à relever. Dostoïevski est capable d’aller chercher la complexité des êtres. Tous ses personnages sont à la fois beaux et laids, nobles et truands, épiques et banals. J’ai lu les deux tomes de l’idiot et j’ai adoré!

 

Tu sembles être une grande lectrice. Quel rôle joue la lecture dans ta vie?

 

Elle a deux fonctions. Premièrement, c’est une forme d’apprentissage. Toutes les formes de fiction, pour moi, sont des façons de se mettre à la place de quelqu’un d’autre, de plonger dans un univers auquel je n’ai pas accès. Mais je pense que la littérature est le médium qui permet le plus d’entrer dans la tête des humains, de suivre les mouvements de leurs pensées. Deuxièmement, la lecture est une sorte de fuite pour moi. Mais plutôt saine. (rires) Parfois, plonger dans d’autres réalités, ça nous sort de la nôtre. C’est sûrement ce que j’allais y chercher quand j’étais jeune. Comme j’étais à la fois hyper curieuse et hyper rêveuse, ça me permettait d’assouvir tout ça au même endroit... C’est-à-dire sur un sofa avec un livre dans les mains. (rires)

 

Tu as un petit côté intello, non?

 

Oui. Je suis quelqu’un de curieux, qui s’intéresse à ce que font ses contemporains, qui en jase, qui y réfléchit. Et quand on est curieux, forcément, on apprend quelques affaires... Pour moi, il n’y a rien de prétentieux dans le fait d’apprendre ou d’aller au bout d’une réflexion. Je ne comprends pas comment on peut voir l’intellectualisme d’un mauvais œil. Célébrer l’ignorance, c’est comme vouloir manger des sandwichs au jambon tous les jours. T’as pas envie de goûter? De découvrir? La curiosité, c’est cool, non?

 

Tu coécris en ce moment, avec ton ami de longue date Félix Dyotte, des chansons que vous interpréterez sur un album qui devrait paraître en 2018. C’était un rêve, pour toi, de chanter? 

 

Oui, mais un rêve avec un fond de défi. On est plus vulnérable, je trouve, quand on n’est pas derrière un personnage. Et puis, il y a la voix... Qui est très proche de l’âme. Il y a un côté plongeon dans ce projet-là que j’aime beaucoup. Et chanter, ça m’apporte tellement de bonheur! 

 

Si la musique te rend si heureuse, pourquoi as-tu choisi la carrière de comédienne?

 

C’est pour pouvoir raconter des histoires. Pour moi, c’est l’un des parcours les plus intéressants vers l’autre, vers la vie. C’est en se racontant des histoires qu’on peut se parler entre nous de «c’est quoi, vivre?». Et le métier de comédien consiste à vivre l’histoire. Pas à l’écrire, ni à la lire: à la vivre! Et il ne s’agit pas non plus de courtes histoires comme les chansons. Être comédien, c’est porter l’histoire dans sa peau, dans sa face, dans sa voix, dans sa démarche, au fil des scènes. C’est peut-être pour moi la meilleure façon de faire comme si j’étais dans un roman. (rires) 

 

Photos: Shayne Laverdière | Stylisme: Cary Tauben

Sophie Pouliot