Féminin et féministe: l'histoire du burlesque

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Féminin et féministe:  l'histoire du burlesque

Mercredi 30 août 2017
L’histoire du burlesque est à l’image d’un spectacle d’effeuillage, remplie de surprises et de rebondissements. Au fil des décennies, la vocation de cet art du déshabillage sensuel et amusant a changé pour prendre une tournure féministe. Mais il n’en a pas toujours été ainsi!

 
 
HISTOIRE DU BURLESQUE
 
Ce mouvement artistique a vu le jour vers la fin du XIXe siècle à Paris, où des cabarets comme le Moulin-Rouge et les Folies Bergère proposaient des spectacles «légers». Toutefois, le burlesque atteint son apogée dans les années 1940 et 1950, alors que le rock’n’roll est en pleine ascension. À cette époque, les moeurs se libèrent, et les pin-up courent les rues.
 
Malheureusement, la mutation des genres musicaux, la popularité grandissante de la télévision ainsi que la banalisation de l’érotisme (résultant de la légalisation de la nudité aux États-Unis) auront raison du burlesque dans les années 1970. Mais après une vingtaine d’années dans l’ombre, cette discipline refait surface sous une forme contemporaine avec l’effervescence de la scène rockabilly: le New Burlesque ou néo-burlesque. Les pin-up font donc leur retour dans les années 1990, mais... sous une nouvelle apparence!
 
CHANGEMENT DE VOCATION
 
Porté par une foule de nouveaux artistes, dont les plus populaires sont sans contredit Dita von Teese et Dirty Martini, ce nouveau courant érotico-artistique commence tranquillement à prendre sa vocation féministe. On nage donc entre la nostalgie des cabarets parisiens et l’étonnement créé par la nouveauté. Désormais, les prestations scéniques évoquent l’émancipation de la femme et tentent de briser les diktats de la minceur. Le but du néo-burlesque est donc de détourner les codes de la séduction pour pouvoir en rire.

 

D’ailleurs, l’une des figures emblématiques du burlesque au Québec, Scarlett James — qui est aussi la directrice du Festival burlesque de Montréal — décrit le néo-burlesque comme «le burlesque à saveur d’antan, mais mis au goût du jour. Ça reste dans la tradition burlesque, mais d’autres formes d’art s’y sont greffées. On voit donc des artistes de cirque, des chanteurs et même des artistes gore faire du burlesque, maintenant. La créativité a explosé.» Adieu principes, règles et traditions; bonjour, version «punk» du striptease!

 

Certains qualifient d’ailleurs le néo-burlesque de «cabaret politique», puisque l’objectif est de divertir un public (et pas seulement d’émoustiller les hommes) et que le propos est fortement engagé.

 
 
SUBVERSIF À SOUHAIT
 
Le néo-burlesque se présente comme un mélange de danse érotique et de théâtre satirique misant sur la séduction et la dérision, le tout exécuté par des femmes en pleine possession de leur féminité, recouvertes de plumes et de paillettes pour nous en mettre plein la vue. Mais attention, on est loin de l’uniformité corporelle et de l’esthétisme léché du Crazy Horse!
 
Ici, on parle plutôt de femmes au physique naturel et parfois loin des modèles de beauté imposés par la société. Les effeuilleuses modernes s’emparent donc des stéréotypes et poussent la note de l’exagération et du kitsch à son paroxysme, pour offrir des performances parfois même... subversives!
 
LE BURLESQUE AU QUÉBEC
 
La scène burlesque a explosé, signe d’un intérêt certain pour cet art. «Il y a eu un grand essor dans les trois ou quatre dernières années. Beaucoup d’artistes burlesques ont émergé, et ceux qui étaient là depuis longtemps ont commencé à voyager à l’extérieur du pays», analyse Scarlett James. L’éclosion de cours à saveur burlesque offerts dans les écoles de danse et même les gyms en témoigne.
 
Après tout, le néo-burlesque tente de prouver qu’il n’y a pas qu’un seul modèle de beauté et que les femmes sont belles et séduisantes, peu importe leur poids, leur taille, leur âge et leur couleur de peau. Il s’agit bel et bien d’une discipline pour toutes les femmes!
 
 

Photos: Getty Images (Dita Von Tesse), Shutterstock

Véronique Harvey