Entrevue avec Florence Longpré alias Gaby Gravel: L'éclosion d'une star

C'est hot !

Entrevue avec Florence Longpré alias Gaby Gravel

Mercredi 1 mars 2017
Florence Longpré a foudroyé le Québec par sa virtuosité comique. L’interprète de l’impayable artiste maquilleuse et coach de vie Gaby Gravel, qu’on a découverte dans l’émission Like-moi! et qu’on a retrouvée avec un indicible plaisir au dernier Gala Les Olivier, c’est elle! Discussion décontractée avec une surdouée sympathique qui a le vent dans les voiles mais les deux pieds sur terre.

 

Comment expliques-tu que Gaby Gravel, ton personnage de l’émission Like-moi!, soit devenue la coqueluche du Québec tout entier?

 

Je ne comprends pas encore ce qui se passe. C’est comme une folie collective! Les gens lui écrivent sur Facebook, où elle est suivie par près de 40 000 personnes. On me demande chaque semaine de faire une vidéo en Gaby. Il y en a qui me demandent même de venir à leur mariage. C’est fou! Je pense que ce qui est le fun, c’est de voir quelqu’un qui est complètement à côté de la track, mais qui s’en fout. Gaby, c’est une fonceuse! (rires) Mais en même temps elle est vraiment fragile, ce qui la rend très attachante. Elle peut dire des choses immondes, et ça passe. Aujourd’hui, on a tellement de contraintes. Il ne faut rien dire de déplacé sur qui que ce soit. Ça fait peut-être juste du bien à la collectivité de voir quelqu’un qui n’a pas de filtre.

 

 

T’attendais-tu à ce que ce personnage t’apporte une telle popularité?

 

Ben non! Au départ, c’était juste un sketch parmi d’autres. Quand une première capsule a été diffusée comme teaser avant le début de la saison, ça me faisait peur: je n’étais pas connue, à part pour mon petit rôle dans Mémoires vives, et je me disais que je n’irais pas chercher la visibilité désirée pour l’émission. J’étais très, très nerveuse. Finalement, ç’a été un succès... et pour tout le monde! Parce que Gaby, c’est une création collective: il y a l’écriture, les cheveux, le maquillage... Gaby, ce n’est pas juste moi.

 

 

Contrairement à Gaby, tu es plutôt discrète sur les réseaux sociaux. Tu publies peu de photos sur Instagram, et le compte Twitter qui porte ton nom n’est même pas le tien. Qu’est-ce qui explique cette réserve?

 

Je n’ai pas beaucoup de temps pour gosser là-dessus, et ce n’est pas quelque chose qui me fait triper. C’est un outil qui peut être vraiment cool, par exemple pour les humoristes qui ont des billets à vendre et même pour Gaby Gravel qui y a une visibilité, mais moi, personnellement, j’y vois peu d’intérêt. Je me rends compte aussi qu’il faut quand même être prudent. Un webzine est allé chercher des photos de mon chum sur son compte Instagram alors qu’il cuisinait du steak haché... Ce n’est pas que ça me fait peur, mais je trouve ça sans intérêt.

 

 

Tant dans ta pièce Chlore, traduite en anglais et présentée à l'automne dernier au Centaur Theatre, que dans Sylvie aime Maurice, tu t’intéresses aux personnes différentes, notamment celles vivant avec un handicap, ainsi qu’à leur difficulté de communiquer avec les autres. Pourquoi ces thèmes t’habitent-ils particulièrement?

 

J’ai travaillé comme préposée aux bénéficiaires pendant toute ma formation à l’école de théâtre et même un peu avant. J’y ai connu ces deux réalités-là. Ça m’a à la fois fascinée et traumatisée. Ça revient donc toujours, on dirait, dans mes créations. On est privilégiés, ici, au Québec, de pouvoir communiquer autant. C’est vraiment cool, et on ne s’en rend pas compte. Présenter, dans Sylvie aime Maurice par exemple, deux personnages qui n’ont pas les outils pour en profiter (NDLR: l’une est atteinte du trouble de la personnalité évitante, l’autre du syndrome d’Asperger) et qui en souffrent, ça nous rappelle la chance qu’on a.

 

 

Tu as déjà dit éprouver le syndrome de l’imposteur en tant qu’auteure... Après avoir signé deux pièces de théâtre et une série télé, est-ce toujours le cas?

 

Encore un peu, mais je travaille là-dessus. (rires) Je n’ai pas le même background que d’autres auteurs. Je n’ai pas étudié en littérature, et parfois ils parlent d’écrivains ou d’ouvrages que je ne connais pas. Je trouve que ma culture générale n’est pas la même. C’est la même chose pour les scénaristes diplômés de l’INIS (Institut national de l’image et du son). Pour l’écriture de ma série télé, il a fallu que j’apprenne comment fonctionne un final draft et d’autres notions que les scénaristes et auteurs connaissent. On m’a envoyé des tutoriels pour que je sois capable d’y arriver. (soupir... puis rires) Les éléments techniques, je les apprends sur le tas. En ce qui concerne la créativité, c’est ma force, et je le sais! J’aimerais d’ailleurs écrire un scénario de film un jour.

 

 

Tu as aussi entamé l’écriture d’un roman?

 

Oui, il y a deux ans. Mais ça fait six mois que je n’ai pas écrit un mot, car je travaille beaucoup, et ça me manque! (léger gémissement) C’est de la science-fiction, un genre que j’aime tellement que ça me fait un bien fou de m’y plonger. Mon personnage principal est une médium. Et j’en ai rencontré plusieurs pour pouvoir écrire mon livre. C’était tellement drôle! C’est un univers si étrange! Il y a des personnes intéressantes, mais aussi beaucoup de charlatans.

 

 

Tu as participé à Plan B, une série où une entreprise offre à ses clients de retourner dans leur passé pour en modifier un événement. Y a-t-il des moments de ta vie qui mériteraient un petit voyage dans le temps?

 

Il y a en plein: je me suis humiliée tellement de fois! (grands éclats de rire) Je suis super maladroite! J’ai tellement cassé d’affaires et je suis souvent tombée au mauvais endroit. Dans ma vie amoureuse aussi j’en ai eu, des humiliations. Je me dis aujourd’hui: «Mais, pourquoi je m’étais amourachée de ce gars-là?» (rires) Mais nos erreurs et nos humiliations font partie de notre apprentissage, participent à déterminer qui on est, alors je veux qu’elles existent... mais je voudrais les effacer de ma mémoire pour ne pas m’en souvenir. (rires)

 

 

Tu interprètes aussi Nanette, l’épouse de Bidou, dans la seconde saison des Pays d’en haut. L’expérience te plaît?

 

Oh, mon Dieu, c’est tellement le fun! C’est vraiment un rêve d’enfant que je réalise. Premièrement, c’est un plateau immense... comme un plateau hollywoodien. C’est malade! Ensuite, tout est travaillé, chaque petit détail. J’ai une immense robe avec deux jupons et le pantalon en dessous, les petits souliers, le corset... Après ça, il reste juste à jouer, mais on est tellement dans l’ambiance que c’est juste vraiment, vraiment le fun à faire! Ce qui est bien aussi, c’est que j’ai un rôle vraiment différent de ce que je fais d’habitude: Nanette est fragile et j’ai des scènes très dramatiques à jouer. J’ai beaucoup de chance!

 

 

 

Photos: Julie Artacho et Instagram de @likemoiqc | Stylisme: Mélanie Brisson | Mise en beauté: Jessica Lablanche

Sophie Pouliot