Entrevue avec Charlotte Cardin: une volonté de fer et une voix de velours

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Entrevue avec Charlotte Cardin: une volonté de fer et une voix de velours

Vendredi 7 juillet 2017
La talentueuse et ravissante Charlotte Cardin nous a toutes conquises lors de son passage à l'émission La Voix, en 2013. Pourtant, plutôt que d'exploiter cette vague de popularité, l'auteure-compositrice-interprète a choisi de se consacrer à ses propres projets.

 

Les deux années suivant son apparition remarquée à la populaire émission, elle a préféré boucler ses études collégiales tout en laissant germer en elle l’inspiration nécessaire à la sortie de son addictif EP Big Boy, qui sera suivi cet automne par un premier album complet fort attendu. Il ne faut pas se laisser duper par la douceur émanant de cet ex-mannequin de 22 ans: sous des traits angéliques se cache une femme de tête, déterminée à mener sa carrière selon ses propres règles. Entretien avec une artiste authentique, brillante et touchante.

 

 

Tu as donné trois spectacles au Métropolis dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal et tu as joué, comme dans tous tes concerts, du piano et de la guitare. As-tu appris la musique lorsque tu étais enfant?

 

J’ai suivi des cours de piano quand j’étais en maternelle et en première année, mais j’ai abandonné. Par contre, je n’ai jamais vraiment arrêté de jouer du piano, car il y en avait un à la maison, et j’ai toujours pianoté dessus. Mes capacités sont limitées, mais je me débrouille assez pour pouvoir composer et m’accompagner. Et, au secondaire, une amie m’a appris quelques accords à la guitare. Je ne suis pas très douée, mais j’aime ça. (rires)

 

 

En quoi Céline Dion, que tu cites parmi tes influences, est-elle une source d’inspiration pour toi?

 

C’est grâce à elle que j’ai commencé à chanter. Quand on était toutes petites, ma soeur et moi, on chantait toutes les paroles de ses chansons, et j’essayais de reproduire les petites fioritures qu’elle faisait avec sa voix tellement belle et tellement maîtrisée. Je trouve que c’est une femme qui est restée super intègre, fidèle à elle-même. On peut aimer ou non sa musique – personnellement, je capote dessus –, mais il est indéniable que cette femme-là est talentueuse, professionnelle et disciplinée. Ça me fait halluciner: elle donne des centaines et des centaines de spectacles par année et elle reste toujours au top. C’est mon idole absolue!

 

 

Comme celles de Céline, tes chansons parlent beaucoup d’amour. Es-tu une romantique?

 

Oh oui! 100 % romantique. Et les relations interpersonnelles, qu’elles soient d’amour ou d’amitié, sont très intrigantes pour moi. Ça fait des milliers et des milliers d’années que les humains en ont, et on n’a pas encore réussi à comprendre quelle est la formule pour que ça marche. (rires)

 

 

La musique a déjà commencé à te faire voyager. Est-ce qu’il y a un endroit dans le monde où tu aimes particulièrement donner des concerts?

 

Nous avons donné trois spectacles à New York et j’ai adoré ça. C’est une ville tellement dynamique, mais ma ville préférée, après Montréal, c’est Paris! Il y a une âme tellement spéciale dans cette ville-là, et partout où tu regardes, c’est tout simplement magnifique! La bouffe est bonne, en plus, et la scène culturelle est super effervescente. J’aime que ça bouge beaucoup, mais aussi qu’en même temps les gens prennent 1 h 30 à 2 h pour le lunch, qu’ils finissent plus tard, qu’ils aient de longues vacances. Le rythme de la ville est super intense, et pourtant on se donne le droit de prendre son temps. J’adore ce rythme-là!

 

 

Prendre son temps pour bien faire les choses, c’est ton modus operandi, non?

 

Oui! Tout va tellement vite à notre époque. On est dans une ère de l’instantané, mais je crois vraiment qu’on gagne à prendre son temps. C’est pourtant quelque chose que je dois travailler, car je suis très impatiente dans la vie. Je suis même un peu stressée quand les choses ne bougent pas assez vite à mon goût. Alors, c’est un peu contre intuitif pour moi de prendre mon temps... (rires) Mais on dirait que c’est pour ça que je me force à le faire encore plus. Et jusqu’à maintenant, m’accorder le temps de prendre du recul m’a aidée dans plusieurs aspects de ma vie. C’est grâce à mon entourage que je le fais. Les gens autour de moi me disent: «Prends ton temps, Charlotte, tu n’as pas besoin de presser quoi que ce soit.»

 

 

 

 

Tu sembles bien entourée...

 

Absolument! Je suis tellement chanceuse! J’ai une famille qui me soutient, un cercle d’amis très présent et une équipe au top. Je travaille avec des gens qui sont non seulement très compétents, mais qui sont des amis à qui je fais hyper confiance. Encore une fois, j’ai pris mon temps pour choisir mon équipe. Au début, plein de gens me tendaient la main et me promettaient la lune. D’un côté, j’avais envie de plonger dans ces projets, mais de l’autre, ça ne me semblait pas naturel de choisir si vite des gens avec qui travailler pendant des années.

 

 

Comment expliques-tu l’enthousiasme général que suscitent tes chansons?

 

Ce que je sais, c’est que mon projet musical est très, très, très proche de ce que je suis. J’offre aux gens un produit qui est vraiment à mon image et non à l’image d’un personnage. Je présente des choses qui respectent mes valeurs. Peut-être que ça se sent, ça, pour le public, que je suis fidèle à moi-même. En tout cas, moi, c’est ce qui vient me chercher chez les artistes que j’aime; alors, j’ose croire que les autres aussi sont sensibles à mon authenticité. Et, parfois, c’est difficile de ne pas se cacher derrière un personnage. C’est déstabilisant de me sentir dénudée devant le public quand je présente une chanson qui est super vraie, qui est collée à ce que je suis.

 

 

Tu es très jolie, mais tu ne sembles pas miser sur ton physique pour promouvoir ta musique. Est-ce important pour toi?

 

Ce n’est pas vraiment une question que je me pose. Moi, dans la vie, j’aime les choses simples. Je me présente sur scène comme je me balade dans la rue ou comme je me présenterais avec mes amis et ma famille. J’aime vraiment mieux miser sur mes capacités intellectuelles et sur mon art que sur le fait d’être sexy et glamour... qui n’est pas dans mes priorités. Je préfère créer et prendre soin des gens autour de moi.

 

 

 

C’est pour prendre soin des gens que tu as d’abord envisagé de devenir médecin?

 

Oui, je trouve ça beau, la relation d’aide que les médecins ont avec les gens. J’ai rencontré des médecins exceptionnels, qui ont énormément de compassion et qui font une telle différence dans la vie des gens! Ce contact-là me paraissait stimulant. C’est sûr que la musique, c’est vraiment différent, mais on y retrouve ce contact avec les gens qui est vraiment précieux pour moi.

 

 

La musique aussi peut être thérapeutique...

 

Oui, bien sûr! Il y a beaucoup de mes thérapies personnelles qui se sont faites en écoutant de la musique. (rires) Je pense que la musique a le pouvoir de nous faire ressentir des émotions qu’on n’a pas ressenties depuis des années ou même qu’on n’a jamais ressenties.

 

 

En mai, tu t’es associée à Kiehl’s, qui a consacré les profits tirés de la vente d’un de ses produits cosmétiques à la sauvegarde des loutres de mer. Cela te tenait à coeur?

 

Oui, j’adore les animaux et je pense que c’est important de prendre position et de s’engager quand on peut le faire. La cause dans laquelle je suis le plus engagée, c’est celle de l’Auberge Madeleine, dont je suis porte-parole et qui est un refuge pour les femmes en difficulté. Mon grand-père était au conseil d’administration de cet organisme, et avec ma soeur, quand on était petites, on faisait souvent des biscuits et des cupcakes qu’on allait porter à l’Auberge. On a été sensibilisées très tôt au sort de femmes qui n’ont pas eu la chance que ma mère, ma soeur et moi avons eue dans nos vies. Et je me sens tellement chanceuse que j’ai envie que toutes les femmes aient la possibilité, elles aussi, d’avoir une vie agréable.

 

 

Photos: Jorge Camarotti

Sophie Pouliot