Contraception: mythes et (nouvelles) réalités

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Contraception: mythes et (nouvelles) réalités

Jeudi 10 mai 2018
Quatre sexologues répondent sans détour à toutes, toutes, toutes vos questions!

 

La contraception fait partie de notre quotidien. De la pilule qu’on prend sans trop réfléchir depuis le début de notre adolescence aux méthodes obscures qu’on ne comprend pas toujours, mais dont on a entendu nos mères parler, presque tout le monde y a éventuellement recours, d’une façon ou d’une autre. Pourtant, elle demeure un sujet un peu mystérieux dont on ne discute pas assez. Résultat: une tonne de mythes et de questions sans réponses entourent encore cet aspect pour- tant très important de notre vie sexuelle. Est-ce que la méthode qu’on utilise est vraiment adaptée à nos besoins? Est-ce qu’on a raison de craindre ses effets secondaires? Les méthodes naturelles, qu’est-ce que ça vaut? Pour en avoir le cœur net, on a demandé à quatre jeunes sexologues aussi passionnées qu’ouvertes d’esprit de nous aider à y voir plus clair. Effets secondaires, préjugés, angoisse de parler de son intimité à un médecin qui ressemble à notre père; tout y passe. Des tabous? Pas ici! 

 

Nos sexologues : Noémie Audet, sexologue B.A., Julie Lemay, sexologue clinicienne, Laurence Desjardins, sexologue B.A. et Renée Coulombe, sexologue B.A.

 

 

SEPT MYTHES TENACES AU SUJET DE LA CONTRACEPTION:

 

 

«Les méthodes naturelles comme le retrait, le calendrier et la méthode symptothermique ne fonctionnent jamais.»

 

Nos quatre sexologues s’entendent: on ne peut jamais dire jamais. Les méthodes dites naturelles, pour atteindre un taux d’efficacité semblable aux méthodes hormonales ou mécaniques, doivent être utilisées avec une assiduité sans faille et requièrent discipline, préparation, connaissance de son corps et confiance absolue en son ou sa partenaire. En raison de leur taux d’échec plus élevé dû à l’erreur humaine, ce sont des méthodes que les professionnels ne recommandent pratiquement jamais. Elles sont malgré tout utilisées par plusieurs. Pour en maximiser l’efficacité, la meilleure chose à faire reste de s’éduquer. «Au Québec, dit Renée, il existe des organismes offrant des ateliers de formation aux personnes qui désirent employer des méthodes de contraception naturelle. Je pense entre autres à Seréna (serena.ca), où on peut s’inscrire pour apprendre à suivre son cycle de manière efficace et systématique, par l’observation de la glaire, par exemple, le toucher du col, la prise de température basale... Si on choisit l’une de ces méthodes, il faut bien s’informer et être très disciplinée.»

 

Et le retrait? Il revient, en résumé, à jouer avec le feu. En théorie, il ne devrait pas y avoir de spermatozoïdes dans le liquide pré-éjaculatoire, et éjaculer à l’extérieur du vagin devrait prévenir la grossesse. Cela dit, dans le feu de l’action, se retirer est plus facile à dire qu’à faire. De plus, que ce soit en raison d’une éjaculation ayant eu lieu quelque temps avant, ou même d’une éjaculation nocturne passée inaperçue, il pourrait se trouver quelques spermatozoïdes dans le canal déférent qui se verraient ainsi transportés par le liquide pré-éjaculatoire jusque dans l’utérus. Le retrait est-il donc une méthode contraceptive sécuritaire? La réponse courte, c’est non.

 

 

«Les hormones contenues dans les contraceptifs hormonaux sont nocives pour la santé.» 

 

De plus en plus de personnes se questionnent sur les potentiels effets secondaires des hormones artificielles sur la santé. La pilule ayant été prescrite dès l’arrivée des règles à une grande partie de la population, on remarque aujourd’hui un courant contraire qui pousse les gens à remettre en question l’utilisation de ce populaire contraceptif. Nombre de rumeurs circulent sur ses conséquences graves, des caillots de sang au cancer en passant par l’infertilité. A-t-on raison de s’inquiéter? «Pour l’instant, affirme Noémie, les études semblent plutôt indiquer que la pilule contraceptive protège de certains types de cancers plutôt que d’en causer. Toutefois, j’aimerais qu’on arrête de penser que la pilule n’est pas un médicament. C’en est un! La décision d’y avoir recours n’est pas à prendre à la légère; il faut s’informer, prendre connaissance des effets secondaires possibles et s’assurer de choisir la bonne pilule pour soi. Car on parle de «la pilule», mais il existe en fait une multitude de pilules différentes. Le risque de caillot de sang, par exemple, augmente substantiellement chez les personnes âgées de 35 ans ou plus qui fument, mais on peut le minimiser en choisissant une hormone différente. Il ne faut pas avoir peur de lire, de poser des questions, et de consulter un(e) professionnel(le) qui pourra nous aider à prendre une décision éclairée.»

 

 

«On ne peut pas tomber enceinte durant l’allaitement.»

 

Ici, pas de réponse absolue: si les chances de concevoir durant l’allaitement sont nettement moindres, surtout au cours des trois à six premiers mois après l’accouchement, tous les corps sont différents. Pour pouvoir compter sur les hormones d’allaitement afin de prévenir la grossesse, explique Renée, plusieurs facteurs doivent être réunis: «Il faut que l’allaitement soit systématique, soit d’un minimum de six fois par jour. Il doit aussi y avoir une absence de menstruations, ce qui n’est pas toujours facile à déterminer à la suite d’une grossesse; on va souvent avoir des pertes, on peut ovuler même avant ses premières vraies menstruations... Bref, il faut faire très attention.» À noter que plus le bébé vieillit, moins le corps produit d’hormones qui préviennent la grossesse. Allaiter est-il donc un moyen de contraception fiable? Pas vraiment. 

 

 

«La pilule du lendemain est inefficace si on est en surpoids.» 

 

Plusieurs informations ont circulé dans les médias, ces dernières années, comme quoi la pilule du lendemain (la contraception orale d’urgence) n’était pas aussi efficace au-delà d’un certain poids corporel. Selon nos quatre sexologues, l’inefficacité de la pilule du lendemain pour les personnes rondes n’aurait pas été prouvée et les personnes ayant besoin d’avoir recours à ce contraceptif d’urgence devraient se le procurer. «Les rares études à ce sujet ont obtenu des résultats contradictoires, explique Laurence. Elles ne sont pas assez concluantes pour que quiconque risque une grossesse non désirée sous prétexte que ça ne servirait à rien.» En attendant des études plus concluantes, mieux vaut mettre toutes les chances de son côté et se procurer la pilule du lendemain au besoin. Peu importe son poids. 

 

 

«Le stérilet, c’est pour les personnes qui ont accouché et ne veulent plus jamais d’enfants.»

 

C’est complètement faux! Le stérilet, après quelques décennies à souffrir d’une mauvaise réputation – dans les années 1970, en raison des matériaux dont il était fait, un ancien modèle a entraîné des infections utérines et même l’infertilité chez certaines utilisatrices –, fait un retour en force. «Le stérilet possède de nombreux avantages, affirme Noémie. Efficace pendant plusieurs années, offert avec ou sans hormones, il convient à plusieurs et ne requiert presque aucune attention. Il suffit de vérifier ses cordes une fois par mois. Il ne protège pas des ITSS, par contre, et pourrait en aggraver les conséquences. Aucune autre méthode que le condom ne protège des infections, d’ailleurs; il est très important de se faire tester régulièrement.» 

 

 

«Les médecins refusent de pratiquer la ligature des trompes sur les personnes de moins de 35 ans.» 

 

En théorie, on peut avoir recours à une ligature des trompes à n’importe quel moment de l’âge adulte. mais en raison du caractère irréversible de la procédure, il pourrait être difficile de trouver un ou une spécialiste qui accepte de pratiquer l’opération. «Il faut s’attendre à se faire poser beaucoup de questions par son médecin, explique Laurence. Au-delà du fait que c’est une solution permanente, plusieurs facteurs sociaux, religieux et culturels font en sorte qu’on a encore du mal à accepter qu’une personne capable de porter la vie refuse catégoriquement de procréer. C’est une question sur laquelle plusieurs préjugés subsistent encore.» Si on tient à se faire ligaturer les trompes à un jeune âge, il faudra donc s’armer de patience et se préparer à défendre sa décision. 

 

 

«La contraception, c’est la responsabilité des femmes.» 

 

Ce mythe a suscité une réaction unanime chez nos quatre sexologues. Leur réponse? «Teeeeellement pas!» Traditionnellement, c’est sur les personnes capables de tomber enceintes que la responsabilité de la contraception repose par défaut. Selon nos expertes, c’est aussi malheureux qu’injuste. «un enfant, lance Laurence, ça se fait à deux! Il n’y a aucune raison pour que la contraception soit un fardeau qu’on porte en solo. on doit oser impliquer notre partenaire dans le choix de notre méthode, l’inviter à assister à nos rendez- vous médicaux et à participer aux discussions. Tout pour lui faire prendre conscience des frais qu’on débourse et des gestes qu’on pose chaque jour pour notre couple et au service de nos choix de vie à tous les deux.» Amen, sister

 

 

CONSEILS DE SEXOS

 

Renée: «L’internet est super pratique quand on veut en apprendre plus sur la contraception, mais il faut choisir ses sources pour éviter la désinformation. Les sites comme Wikipédia, Doctissimo et les forums de mamans peuvent être géniaux puisqu’ils offrent une communauté et du soutien, mais les expériences qu’on y partage sont très personnelles; il faut savoir en prendre et en laisser. mieux vaut se fier à des sites officiels pour avoir l’information la plus précise et à jour possible.»

 

Noémie: «Les jeunes adultes, en ce moment, sont la première génération à n’avoir eu aucune éducation sexuelle à l’école. on remarque par ailleurs une hausse du nombre d’infections trans- missibles sexuellement et par le sang chez les 20 à 35 ans. Ce n’est pas alarmant, mais c’est assez considérable pour qu’on se demande, collectivement, ce qu’on veut faire avec ça. on est un peuple très ouvert, mais les tabous perdurent autour des questions de santé sexuelle, de valeurs morales et de consentement. Ce sont des questions qu’il faut aborder de front, tous ensemble, pour le bien des générations futures.» 

 

Laurence: «D’une part, il faut savoir qu’aucun moyen de contraception ne protège des ITSS mis à part le condom – et même celui-là a ses limites! Ensuite, il existe autant de méthodes de contraception que de paires de jeans; il ne faut pas hésiter à en essayer plusieurs pour trouver celle qui nous va le mieux! N’ayez pas peur de poser des questions à votre médecin, même s’il ressemble à votre père! Et en dernier lieu, faites-vous confiance et respectez-vous avant tout; tout le monde a le droit de contrôler son corps à sa façon.» 

 

Julie: «La méthode de contraception idéale, c’est celle qui est adaptée à notre mode de vie. On ne devrait pas avoir à s’adapter à elle ou se taper dessus si on a du mal à l’utiliser! Que vous soyez du genre à avoir une routine stable ou un horaire en constant changement, il existe une méthode qui vous convient. Prenez le temps de vous informer et de magasiner!» 

 

 

QUELQUES SOURCES D’INFORMATION FIABLE SUR LA SEXUALITÉ ET LA CONTRACEPTION, APPROUVÉES PAR NOS SEXOLOGUES 

 

Fédération québécoise pour le planning des naissances

Société des sexologues et obstétriciens du Canada

Sexplique

La ligne d’information du Centre de santé des femmes de Montréal
: (514) 270-6110, poste 2

 

 

 

Photo: Getty Images

 

 

Gabrielle Lisa Collard