Bilan : les avancées spectaculaires dans la lutte contre le cancer du sein

C'est hot !

Bilan:  les avancées spectaculaires dans la lutte contre le cancer du sein

Mercredi 7 juin 2017
Chirurgies novatrices, prothèses mammaires de haute qualité, meilleure évaluation du risque chez les jeunes femmes... On assiste présentement à des avancées spectaculaires dans la lutte contre le cancer du sein. Bilan d'étape.

En collaboration avec

 

Dans la lutte acharnée contre le cancer du sein, la recherche est le nerf de la guerre. Les équipes scientifiques sur la scène internationale unissent leurs efforts et mettent en commun leurs percées révolutionnaires.

 

Le Résultat? Des techniques de dépistage qui se précisent, des traitements qui se raffinent et des connaissances génétiques pointues qui alimentent tous les espoirs.

 

Quelles sont les avancées les plus encourageantes? Les héros en sarrau nous ouvrent la porte de leurs laboratoires afin de partager avec nous leurs recherches, leurs découvertes et leurs espoirs.

 

1. Des prothèses mammaires plus vraies que nature

 

Au Québec, Louise Desmeules est la seule épithésiste, soit une professionnelle de la fabrication de prothèses faciales. En 2006, sa vie bascule: elle a le cancer du sein.

 

«J’ai eu une mastectomie et alors que je suis épithésiste de métier, je devais moi-même porter une prothèse. Et je ne voulais rien savoir des produits du commerce!»

 

Déclinées en différentes tailles, les prothèses du commerce ne tiennent pas compte des courbes uniques de chaque thorax: «J’ai rencontré des épithésistes de partout dans le monde afin de discuter de prothèses morphologiquement adaptées à la poitrine d’une patiente ayant subi une mastectomie à la suite d’un cancer du sein. Ce projet est devenu ma mission de vie.»

 

À l’aide d’un scanner et d’une imprimante 3D, Louise Desmeules et sa petite équipe du CHU de Québec ont développé une chaîne technologique qui permet d’élaborer des prothèses externes autoadhésives. En décembre 2017, l’épithésiste conclura ses deux ans de recherche. Elle espère que les résultats seront concluants au chapitre du confort et de la satisfaction chez les 40 femmes qui testent actuellement ces prothèses sur mesure.

 

«On peut choisir la couleur de la peau, y ajouter des veines, des grains de beauté... les combattantes ont le sentiment de retrouver leur sein perdu. Ce n’est pas rien! Avec le recul, je me dis que si j’ai eu un cancer du sein, c’était pour aider les autres femmes. Je veux transformer ma perte individuelle en gain collectif.»

 

Louise Desmeules et son équipe

 

2. Des ripostes personnalisées

 

Selon la Dre Louise Provencher, chirurgienne oncologue au CHU de Québec, il faut se réjouir de la personnalisation accrue des chirurgies et des traitements contre le cancer du sein: «On connaît mieux les différents visages du cancer du sein. Certains sont plus indolents, alors que d’autres sont plus agressifs. Il y a quelques années, on ne courait aucun risque: on sortait l’artillerie lourde presque systématiquement.»

 

«La recherche nous permet maintenant de prendre de meilleures décisions, de raffiner notre approche, d’individualiser notre traitement, que ce soit en ce qui concerne la chirurgie, la chimiothérapie, l’hormonothérapie, la radiothérapie... On recourt le moins possible aux chirurgies invasives», ajoute-t-elle.

 

Autre raison de se réjouir: la solidarité entre les femmes! «Il y a une tradition de recherche en cancer du sein, conclut la Dre Provencher. Les patientes forment une communauté serrée, elles veulent participer aux études pour ainsi accélérer les nouvelles pistes de solution que les scientifiques mettent en avant. Elles sont très généreuses envers les suivantes. La science leur doit beaucoup.»

 

Dre. Louise Provencher

 

3. Une puce à l'assaut du cancer du sein

 

On connaît depuis plus de 20 ans les rares mutations génétiques BRCA1 et BRCA2 qui multiplient environ par 10 le risque de développer un jour un cancer du sein.

 

Les scientifiques planchent actuellement sur des variantes génétiques plus fréquentes et liées à un risque moins important, mais qui nous permettront à terme de mieux comprendre les mécanismes de développement du cancer et surtout de produire une stratification du risque pour toutes les femmes.

 

«Le programme actuel de dépistage du cancer du sein repose essentiellement sur l’âge comme critère d’éligibilité, explique le professeur Jacques Simard, du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval. On souhaite développer des outils pour mieux cibler le dépistage du cancer du sein chez les femmes les plus susceptibles de développer la maladie, plus particulièrement chez les 35 à 49 ans, qui ont un risque élevé de cancer du sein et qui ne sont actuellement pas prises en compte par le système.»

 

Une des innovations qui a permis ces avancées exceptionnelles? La puce OncoArray, un nouvel outil de génotypage sur mesure: «En trois ans, on a analysé les données qui concernent 90 000 femmes atteintes d’un cancer et 60 000 sujets témoins, se réjouit le professeur Simard. C’est un véritable tour de force! On est incapable de confirmer qu’une femme développera ou ne développera pas un cancer du sein. On parle toujours de risques, de prédispositions. Mais en couplant la signature génomique de chaque femme avec les autres facteurs de risque connus, les scientifiques seront en mesure d’établir une proportion presque 10 fois plus grande de femmes à haut risque de cancer du sein et ce, avec beaucoup plus de précision qu’il est actuellement possible de le faire. Ils pourront préciser le tir et élaborer de nouvelles approches en matière de prévention et de dépistage précoce du cancer.»

 

Pr Jacques Simard

 

4. Des opérations 2-en-1

 

Contrairement aux femmes des autres pays développés, les Canadiennes seraient beaucoup moins nombreuses à avoir recours à la reconstruction mammaire. Certains spécialistes croient toutefois que la tendance pourrait s’infléchir si on offrait plus d’options et d’informations aux femmes.

 

La Dre Érica Patocskai, chirurgienne oncologue de l’hopital Notre-Dame de Montréal, met d’ailleurs les bouchées doubles pour combiner la mastectomie et la reconstruction mammaire en une seule opération: «Sur une centaine d’opérations par année, environ 95 incluent la reconstruction simultanée. Je travaille avec une équipe multidisciplinaire dès le diagnostic pour offrir cette solution le plus souvent possible aux femmes, quand leur état de santé le permet. Quand j’enlève une tumeur, je répare le sein en même temps. Pour une mastectomie totale, l’équipe de plastie effectue la reconstruction simultanée.»

 

Règle générale, les patientes doivent attendre des mois, voire des années, avant d’obtenir une reconstruction mammaire: «Une opération en deux temps implique plus de stress, plus de journées de travail manquées, sans compter tout le stress émotionnel lié au fait de vivre avec une poitrine atrophiée pendant l’attente. Je veux transmettre le message au corps médical et aux femmes que la reconstruction mammaire simultanée existe et qu’elle vaut les efforts investis.»

 

Dre. Érica Patocskai

 

5. Une piste prometteuse contre le cancer le plus virulent

 

On recense actuellement trois types de cancer du sein. Représentant 15 % de tous les cas, le cancer du sein dit triple négatif touche surtout les jeunes femmes. Contrairement aux deux autres types de cancer du sein, on dispose de peu d’armes thérapeutiques pour le traiter: «Nous n’avons pas encore de cible précise pour orienter les recherches vers un médicament personnalisé, indique la Dre Morag Park, directrice du Centre de recherche sur le cancer Rosalind et Morris Goodman de Montréal. Parce que nous n’avons pas encore de traitement spécifique, c’est un cancer plus agressif.»

 

Mais il y a de l’espoir! «Les recherches dans mon laboratoire ont démontré que certains cancers du sein triple négatif présentaient une réponse immunitaire favorable aux traitements. Cela pourrait nous permettre de développer des tests afin de mieux identifier les patientes qui répondent favorablement aux traitements», se félicite la Dre Park. Une avenue fort prometteuse!

 

Dre. Morag Park

 

6. La mammographie 3D pour une détection plus efficace

 

Grâce aux nouvelles technologies, la prévention n’a jamais été aussi précise! La mammographie 3D, aussi appelée tomosynthèse, présente des avantages importants. Elle permet notamment d’obtenir de multiples images du sein sous différents angles.

 

«Les études démontrent qu’une échographie combinée avec la mammographie 3D est aussi efficace que la résonance magnétique, explique le Dr Sarkis Meterissian, chirurgien oncologue à l’hopital Royal Victoria de Montréal. On augmente ainsi notre capacité à détecter les cancers plus petits et précoces. Les radiologues peuvent également savoir si la masse qu’ils détectent est molle ou dure, cette dernière caractéristique indiquant un cancer.»

 

Plus exactement, cette nouvelle technologie améliore la détection du cancer du sein jusqu’à 40 % et diminue le besoin d’examens complémentaires de 18 à 40 %. Moins de faux positifs, moins de stress pour les femmes!

 

mcpeaksirois.org

 

Dr. Sarkis Meterissian

Crédit photos: La Fondation du cancer du sein du Québec (logo) / Shutterstock / Courtoisie (photos des professionnels)

Julie Champagne