Les cosmétiques, une arme de séduction?

C'est hot !

Les cosmétiques, une arme de séduction?

Mardi 13 février 2018
Cils amplifiés, pommettes rosées et effluves enivrants sont des symboles de féminité et de séduction depuis la nuit des temps. À l’occasion de la Saint-Valentin, on se penche sur l’effet envoûtant des produits de beauté.

 

 

Sur la coiffeuse? Une kyrielle de flacons précieux trônent en désordre, tout en formant un ensemble visuellement attrayant qui ferait pâlir d’envie n’importe quelle «beautista». La scène? Une jeune femme sûre d’elle qui se pomponne avant de se rendre à une rencontre romantique — mention spéciale à ses sourcils, qu’elle dessine et brosse avec doigté — en compagnie de son chat espiègle et d’un nouveau voisin qui s’est invité dans son appartement. Celles à qui cela ravive un souvenir ont probablement vu le fameux film Breakfast at Tiffany’s. D’ailleurs, le personnage de Holly Golightly, campé par Audrey Hepburn, résume à voix haute ce qu’on s’inflige toutes avant une sortie: «I’ve got to do something about the way I look. I mean a girl just can’t go to Sing Sing with a green face.» («Je dois prendre soin de mon apparence. Une fille ne peut pas se rendre à Sing Sing en ayant le teint verdâtre.») dans cette comédie romantique mettant en scène la vie d’une socialite new-yorkaise plutôt indépendante durant les années 1960, la mise en beauté pour s’embellir et séduire autrui occupe une place particulière, et ce courant date de bien avant la sortie du film au grand écran.

 

 

Voyage dans l’histoire

 

Les premiers parfums et cosmétiques auraient vu le jour environ 7000 ans av. J.-C. Autrefois utilisés à des fins sacrées et solennelles pour célébrer les dieux et les symboles divins, les parfums ont ensuite eu une autre vocation: au XVIIe siècle, ils servaient à masquer les odeurs et à conférer un sentiment de propreté réconfortant, avant de se démocratiser et de devenir des moyens de s’affirmer, tels qu’on les connaît aujourd’hui. 

 

Quant au maquillage, on sait que les femmes de l’Égypte ancienne se servaient déjà de minéraux comme la galène et la malachite pour magnifier leurs yeux, et que les Grecques, environ 3000 ans av. J.-C, utilisaient des baies pour colorer leurs lèvres et leurs joues. C’est au XVIIIe siècle que les fards ont commencé à être utilisés pour exprimer la sensibilité. Dans son ouvrage Histoire de la beauté, le corps et l’art d’embellir de la Renaissance à nos jours, l’auteur Georges Vigarello rapporte qu’on tenait en haute estime les femmes qui se servaient habilement de la couleur. C’était notamment le cas de Mlle Desmiers d’Archac, arrière-petite-nièce du duc de Saint-Simon, louangée en 1780 car elle savait adapter son fard à la luminosité ambiante selon qu’elle venait de chandelles ou de la clarté du jour.

 

«Il y a eu [un changement de perception] au XVIIIe siècle, dans le cadre de l’affirmation de soi et du reflet de sa personnalité. C’est à ce moment-là qu’on a commencé à voir le parfum autrement, affirme Denyse Beaulieu, auteure du livre Parfums, une histoire intime. La classe moyenne et la bourgeoisie se sont mises à utiliser la parure, pas seulement le parfum mais aussi le maquillage, comme moyens de s’exprimer. Donc, cette idée du parfum en tant qu’expression de son identité, au même titre que la mode, n’est pas nouvelle.» Héritage qui s’est transmis jusqu’au XXIe siècle, puisque l’art du maquillage et de la parfumerie servent encore à véhiculer une image de soi améliorée et soignée.

 

Mais c’est vraiment à partir du XIXe siècle que la beauté «désirée», pour soi et chez les autres, s’est répandue et démocratisée. De plus en plus de femmes ont commencé à se farder et à vouloir embellir leurs traits pour affirmer leur rang social. C’est même le poète Baudelaire qui aurait, le premier, employé le terme de «maquillage» en 1859 pour désigner ce courant, qu’il aimait comparer à une prestation artistique.

 

 

Objets de fascination

 

Si les cosmétiques ont traversé tant d’époques, c’est qu’ils exercent depuis toujours un attrait. Mais le pouvoir qu’on leur attribue sur notre capacité de séduire relève davantage de la culture populaire que de la science. 

 

L’avènement du cinéma au début des années 1920 est intimement lié à l’association du maquillage à la séduction, et les vedettes de l’ère hollywoodienne ont évidemment contribué à nous influencer en magnifiant leurs atouts. À ce moment-là déjà, plusieurs stars révélaient des secrets de leur rituel beauté, tandis que de nombreuses publicités faisaient la promotion de la beauté par la mise en valeur des traits. Dès les années 1920, plusieurs marques, dont Maybelline New York — qui se nommait alors Maybell Laboratories —, vantaient les mérites du mascara, le secret pour enjoliver cils et sourcils, et d’une foule d’autres cosmétiques «embellissants». À la même époque, les cils aussi longs et définis que ceux de Joan Crawford ou le teint satiné et impeccable de Greta Garbo ont marqué les esprits et été enviés par plusieurs. Pas pour rien qu’on voulait — et qu’on veut toujours! — chiper le look de ces actrices pulpeuses qui ont crevé l’écran. Puis, après l’apparition du premier tube de rouge à lèvres pivotant en 1923, innovation qui nous a permis de pouvoir colorer nos lèvres sans trop d’efforts, des stars comme Rita Hayworth et, plus tard, Marilyn Monroe sont devenues les icônes des lèvres rouges. Sans le savoir, elles allaient faire mousser la popularité de ces petits pots qui allaient être de plus en plus convoités au cours des décennies suivantes.

 

On a toutes en tête l’aplomb de miss Monroe révélant, lors d’une entrevue en 1952, qu’elle ne portait pour dormir «que quelques gouttes de Chanel No 5». L’affirmation était plutôt audacieuse pour l’époque! C’est que, depuis le temps où il était un objet sacré, devenu pratique puis aspirationnel, le parfum étourdit les sens. On raconte même qu’au XIXe siècle, les fragrances chaviraient ces messieurs, et que les effluves provoquaient l’hystérie chez les femmes. Si cette croyance fait sourire, les maisons de parfumerie ont contribué à véhiculer le pouvoir enivrant de leurs jus en leur donnant des noms provocateurs comme Obsession, Opium ou encore Poison.

 

 

 

 

Association ou réelle attraction?

 

Dans les années 1980, les marques ont commencé à donner un genre aux fragrances. «À ce moment-là, il y a eu une mutation de l’industrie. Les lancements de parfums se sont mis à être de plus grande envergure et plus internationaux, avec des diffusions plus larges. À partir du moment où on doit plaire au monde entier de manière globale, on est obligé d’envoyer des messages beaucoup plus clairs et standardisés. Ç’a été renforcé par les self-service de la beauté comme Sephora, où il y a un mur de fragrances pour hommes et un mur pour femmes», poursuit Denyse Beaulieu. Bien sûr, l’activité des phéromones y est pour quelque chose, mais nos sens ont été habitués à des odeurs plus «typiquement» masculines, comme les notes boisées et animales, ou féminines, comme les notes florales et fruitées, d’où notre attrait pour certaines personnes. «Quand on associe l’objet de notre désir avec un type d’odeur, on est troublé par ce type d’arôme de manière plus systématique, c’est une association», affirme Mme Beaulieu. Qui plus est, certaines odeurs comme la vanille sont quasiment universelles car, familières, elles ont tendance à plaire tout de suite, mais d’autres, plus capiteuses, font fuir certains comme la peste. Il vaut donc mieux miser sur un parfum hyper léger ou encore notre propre odeur corporelle si on veut séduire, surtout lors d’un premier rendez-vous.

 

 

Charme intrinsèque

 

Bien qu’une foule de «beautistas», de célébrités et de marques de parfums et de maquillage continuent de vanter les mérites des cosmétiques, certaines personnes remettent en question le fait d’embellir leur visage pour plaire. Des stars comme Alicia Keys ont adopté le bare face (visage sans maquillage), et des actions populaires comme la Journée sans maquillage ont vu le jour. Mais qu’importe si on s’arme d’une fragrance vanillée, d’un mascara allongeant, d’un fard pigmenté, voire de rien du tout, pour plaire aux autres ou à soi-même, ce qu’on cherche à dégager compte davantage que ce qu’on veut mettre en valeur. Parole d’Yves Saint Laurent, qui aurait déclaré: «Le plus beau maquillage d’une femme, c’est la passion. Mais les cosmétiques sont plus faciles à acheter.» Comme quoi faire montre d’une bonne dose de passion et de confiance en soi nous donne davantage de chances d’être remarquée... Qu’une touche de rouge à lèvres!

 

 

De la lecture et des cosmétiques pour se mettre en mode séduction!

 

 

 

 

 

1. Blush Volupté (Passionnée), Yves Saint Laurent, 53 $, yslbeauty.ca

2. Eau de toilette vaporisateur de sac No 5, Chanel, 109 $ les 3 acons de 20 ml, chanel.ca

3. Parfums, une histoire intime (Éditions Presses de la Cité), Denyse Beaulieu, 30 $, renaud-bray.com

4. Rouge à lèvres K.I.S.S.I.N.G (So Marilyn), Charlotte Tilbury, 39 $, charlottetilbury.com 

5. Mascara Lash Sensational Curvitude (Blackest Black), Maybelline New York, 11 $, maybelline.ca

 

 

 

 

Photos: Fotolia, Guy Beaupré (livre et mascara), Amélie Chiasson (trace de rouge à lèvres), Marques

 

 

Stéphanie Houle