Beautés tout sauf désespérées

C'est hot !

Beautés tout sauf désespérées

Mardi 2 octobre 2012
On a invité cinq femmes d’âges et de milieux différents à un 5 à 7 de filles. Le thème de notre discussion sans tabou: la beauté. Les esprits se sont échauffés, les rires ont fusé. 

 

➻ GENEVIÈVE PETTERSEN est l’auteure du blogue Madame Chose, un «guide»  humoristique à l’usage de la jeune femme moderne.

➻ KIM LIZOTTE est humoriste et auteure. On peut la voir à Ça commence bien! et à Un gars, le soir, à V.

➻ MARIE-JOSÉE TREMPE est la fondatrice et présidente de l’agence de mannequins Specs.

➻ JESSICA MANZO est cofondatrice du salon de beauté Divine et Sybèle, situé à Montréal.

➻ PASCALE LAPOINTE-MANSEAU est consultante en marketing. Nous l’avons remarquée en juillet alors qu’elle commentait la couverture de notre numéro d’août sur Facebook. Pour elle, cette image n’était pas représentative des femmes.

JASONS BEAUTÉ

Quelles sont vos icônes?

Pascale: Marilyn Monroe. Et Richard Gere: j’ai toujours été attirée par les hommes plus vieux.

Marie-Josée: Je n’ai jamais eu de modèles en particulier. Pour moi, la beauté est tellement hétéroclite qu’elle peut se trouver partout: chez un mannequin, chez une chanteuse, chez une passante...

Jessica: Je vois la beauté dans chaque personne que je rencontre. Je suis surtout touchée par la beauté
de certains peuples, comme les Tibétains ou les Africains. J’ai déjà vu la photo d’une femme centenaire toute ridée... Elle était magnifique!

Kim: Il existe plusieurs types de beauté. Je peux être aussi intriguée par une beauté purement esthétique, comme celle de David Beckham, que par une beauté charismatique, comme celle de Marc Labrèche ou de Ricky Gervais. Je les aime, je les trouve beaux, même s’ils ne répondent pas aux critères habituels.

Geneviève: Tu es attirée par les hommes intelligents, comme moi.

Kim: Certains hommes super intelligents ne m’attirent pas du tout, mais quand une personne est bien dans
sa peau, elle devient souvent charismatique.

Marie-Josée: Portes-tu le même regard sur les femmes?
Kim: Tout à fait. Anne-Marie Cadieux n’a peut-être pas une beauté standard, mais elle me fascine par l’énergie qu’elle dégage. D’un point de vue plus plastique, je peux regarder les mannequins de Victoria’s Secret en me demandant comment elles font pour être aussi belles!

Comment définissez-vous la beauté en 2012?

Marie-Josée: Quand je marche dans la rue et que je remarque une belle personne, c’est un amalgame
de style, de morphologie, d’énergie... La vraie beauté titille non seulement mon œil, mais elle est en synergie avec le sentiment que je ressens. Si la beauté n’est pas habitée ou si la personne n’est pas intéressante, je n’arriverai pas à la trouver belle.

Pascale: Les personnes les plus belles sont celles qui ont le plus confiance en elles, celles qui se sentent bien dans leur peau et dans leur vie. Les femmes malheureuses finissent par devenir laides.

Kim: Mais la perception de la beauté peut évoluer avec le temps. Quand Rihanna est arrivée dans le paysage culturel, avec ses traits particuliers, son nez bizarre et sa voix nasillarde, elle détonnait parmi les autres stars. Elle était imparfaite.

Jessica: Elle n’était quand même pas si imparfaite!

Geneviève: Mais ce n’était pas non plus une poupée Barbie...

Kim: Les premiers temps, elle avait un look plus alternatif, mais elle s’assumait tellement qu’elle est devenue une icône de beauté. C’est le fun quand des femmes s’imposent grâce à leur assurance et bousculent les critères établis.

Existe-t-il des filles laides?

Geneviève: Mets-en!

Jessica: Moi, je dirais «moins jolies»...

Kim: Témoignage! Je connais une fille qui n’a pas été gâtée par la nature, mais qui est magnifique. Quand j’ai rencontré cette fille, elle était toute petite, elle avait un surpoids important, elle souffrait d’un problème de peau... Bref, rien de très joli. Pourtant, parmi toutes les femmes que je connais, c’est celle qui est le mieux dans sa peau. Cette rencontre m’est «rentrée dedans». Je ne
lui en parle pas. Je l’accepte comme elle est. Je n’ai pas envie de lui dire: «Wow, c’est merveilleux que tu te sentes aussi bien!»...

Geneviève: ... étant donné que tu es aussi laide!

Kim: Cette rencontre m’a confirmé que la beauté, c’est d’abord dans la tête. La perception des autres, who cares?

 

PAR ICI LE BISTOURI!

Fermez-vous la porte aux interventions chirurgicales? Avez-vous déjà eu recours à la chirurgie esthétique?

Pascale: J’ai subi une réduction mammaire quand j’étais jeune. J’avais une poitrine généreuse, et cela occasionnait des maux de dos. Je suis super contente de l’avoir fait, mais je peux vous jurer que jamais plus un bistouri ne va me toucher. Oui, j’ai de la cellulite, et puis après? Je m’entraîne plus fort, et elle diminue. Je m’aime comme je suis. Je me fiche de ce que pensent les autres.

Geneviève: Tu dois être le genre de fille qui se promène en bikini sans aucun complexe?

Pascale: Je porte même un monokini à Cuba, ma chère! Chaque fois que je choisis une destination vacances, je m’assure qu’il y ait une plage destinée aux naturistes dans le coin.

Marie-Josée: [Elle lève les bras au ciel.] Amen! Avec l’âge, je pense qu’on s’accepte davantage.

Jessica: Pas nécessairement. Ce ne sont pas toutes les femmes qui trouvent facile de vieillir. Bien au contraire.

Marie-Josée: Pour ma part, je m’assume beaucoup plus. Je ne pense pas entrer un jour dans la valse de la chirurgie. Je porte actuellement un appareil dentaire, et c’est déjà quelque chose. J’ai fait traiter des varicosités. Si j’avais des taches pigmentaires, je les ferais enlever. Mais faire combler mes rides ou subir un lifting... ce n’est pas pour moi.

Jessica: Quand la chirurgie est bien faite, le résultat peut être intéressant. Si certaines femmes souhaitent passer par cette case pour se sentir heureuses, pourquoi pas?

NOS CHUMS NOUS TROUVENT BELLES... VRAIMENT?

Trouvez-vous que les femmes sont plus exigeantes que les hommes en matière de beauté?

Marie-Josée: Certainement. Quand on regarde les autres femmes, on se compare. C’est un réflexe. Est-ce que je suis plus ou moins grosse qu’elle? plus ou moins belle qu’elle?

Geneviève: Quand je croise une femme qui me ressemble et que je demande à mon chum de confirmer qu’elle est effectivement aussi belle ou aussi mince que moi, il me répond toujours: «Moi, je ne réponds pas à ça!»

Jessica: Il est intelligent!

Geneviève: C’est même devenu une source de chicanes... Il est tellement écœuré!

Kim: Même chose pour mon chum. Il n’a aucune tolérance à l’égard des complexes féminins!

Marie-Josée: Pourtant, quand les hommes nous font des compliments, combien de femmes ne les croient pas et les envoient presque promener? C’est dans les yeux de mon chum que je me suis sentie vraiment belle pour la première fois.

Kim: Moi aussi!

Geneviève: Ça y est! On va toutes pleurer!

Kim: Quand toutes les filles autour de toi sont obsédées par leur image, tu veux être à la hauteur. Si je fréquentais plus souvent certaines de mes amies, je deviendrais folle. Et ce ne sont pas des «poupounes»: ce sont des filles normales
qui me font sentir comme une hippie vivant dans une hutte parce que je ne suis pas les rituels typiques de la féminité. On utilise souvent l’apparence comme une arme contre les autres femmes. C’est dommage!

Geneviève: Il n’y a rien de pire pour une femme qu’une autre femme.

Pascale: Je ne suis pas d’accord. J’ai des amies obsédées par leur apparence, mais je m’en contre-fiche. Pourtant,
je suis consultante, je rencontre des clients. Je ne peux pas me présenter à un rendez-vous d’affaires arrangée comme une «picouille». Mais il y a une différence entre vouloir être belle et être obsédée par l’apparence.

Marie-Josée: Il reste que, entre femmes, on fait beaucoup de commentaires sur notre apparence. Quand j’ai cessé de me teindre les cheveux, il y a trois ans, aucun homme ne m’a fait de commentaire. Seule les femmes m’en parlaient, et pas toujours positivement. C’est ma mère qui a réagi le plus fortement. Elle m’a dit: «Je n’avais jamais remarqué que tu étais aussi “tête blanche”».

Kim: Ça fait mal, les commentaires vénéneux de maman...

Marie-Josée: La conversation a seulement duré quelques minutes, et je lui ai dit que j’assumais ma décision. C’est bien la preuve que les femmes sont des miroirs pour les autres femmes.

Jessica: Son commentaire n’était pas nécessairement méchant. Si on l’écoute bien, c’est sa propre souffrance qu’elle exprimait.

Geneviève: Tout à fait. Tes cheveux blancs la confrontaient à sa propre vieillesse. Moi, ma mère était mannequin. À l’âge de 12 ans, je suivais des cours de maquillage, de maintien, de posture... À 14 ans, je me suis rasé les cheveux. J’étais super rebelle. Au lieu de s’opposer, ma mère m’a acheté une garde-robe punk. J’ai eu les premiers souliers Doc Martens de Chicoutimi! Même chose quand j’ai voulu avoir une paire de boules comme dans les pubs de Chanterelle. J’avais tellement ennuyé ma mère avec ça qu’elle m’a emmenée chez le médecin pour me donner une leçon. Le docteur a mesuré mes seins et m’a dit de patienter.

 

TROP BELLE POUR BRILLER

Est-ce qu'on vous a déjà fait sentir que vous ne pouviez pas être belle et intelligente à la fois?

Geneviève: Durant ma jeunesse, je ne me suis jamais posé de questions importantes sur mon apparence, du genre: «Est-ce que j’ai de grosses cuisses?» ou «Suis-je trop poilue?» Je travaillais dans les bars, j’étais belle, je «pognais»... En plus, je baignais dans un milieu plutôt intellectuel. L’apparence n’était pas un enjeu. Pour moi, la beauté était même un handicap...

Kim: Oh! mon Dieu! Tu veux que je te parle de ma vie? Je sais tellement ce que tu veux dire: je fais de l’humour. L’apparence, quel handicap! Quand tout va bien pour moi, on me dit que c’est parce que je suis belle. Quand ça se passe moins bien, on me dit que c’est impossible d’être belle et drôle à la fois. Je ne pourrai jamais m’en sortir!

Geneviève: Mon directeur de maîtrise m’a dit qu’il ne pensait pas que j’étais intelligente parce que j’étais jolie!

Marie-Josée: La beauté peut être un fardeau. Je le vois dans mon métier. Une fille qui n’est pas née jolie doit faire ses preuves tous les jours et travailler sans cesse à faire oublier son apparence. Mais comme elle est reconnue pour autre chose
que son apparence extérieure, elle évolue souvent mieux que la jeune fille qu’on admire exclusivement pour sa beauté.

Kim: Ma mère est ultra-féministe. À la maison, on ne misait pas sur la beauté. Il était plus important que je travaille, que je lise, que je sois intelligente, drôle, fine... À l’extérieur de la famille, on me traitait comme une petite cocotte. Chaque jour, je dois prouver que je suis intelligente, que j’ai quelque chose à dire, que je suis drôle…

Pascale: Je n’ai jamais vécu cette quête de la beauté parfaite. J’ai toujours été plus ronde que la moyenne et je
ne «pognais» pas avec les gars. Quand tu as huit ans et que les gens te prennent pour un petit gars, l’estime de soi en prend un coup. Je me suis émancipée à 20 ans seulement et, étrangement, c’est depuis que je prends soin de moi à
ma façon que je reçois le plus de compliments.

Kim: Quelle libération quand on sort de ce carcan!

Trouvez-vous que les choses ont changé ces dernières années? Est-ce que les médias présentent des modèles de beauté plus diversifiés?

Pascale: On commence à voir des publicités pour des vêtements taille plus, des poitrines plus voluptueuses, des mannequins plus rondes... Mais, quand je feuillette un magazine de mode, je suis encore dégoûtée par la plupart
des photos que je vois, celles de cure-dents maigrichons
et filiformes!

Geneviève: Il faut faire attention... Certaines femmes sont naturellement minces. Il ne faut pas les ostraciser non plus.

Pascale: Je ne fais pas l’apologie des femmes rondes. Seulement, ça fait trop longtemps qu’on nous inonde de modèles de minceur.

Kim: Bien sûr, nous vivons dans une culture où les femmes se doivent d’être jeunes et minces, et quand ça dérape vers l’anorexie, c’est dommage. Ce qui nous sauve actuellement, ce sont les vedettes qui jouent les porte-parole pour de grandes marques, comme Catherine Zeta-Jones, qui a plus de 40 ans, ou Jennifer Lopez, qui a de grosses cuisses.

Geneviève: Et, on va se le dire franchement, il est impossible d’avoir à la fois une taille minuscule et des seins énormes.

Marie-Josée: Tu as peut-être compris, mais les jeunes filles de 13 ou 14 ans ne le réalisent pas toujours.

Jessica: Même les femmes éduquées ne réalisent pas toujours à quel point les images qu’on nous présente
ne sont aucunement réelles mais plutôt trafiquées.

Geneviève: C’est vrai. J’ai travaillé dans le monde des magazines, j’ai fait de la retouche photo et, même
moi, je l’oublie! On ne trouve plus ça beau, des photos non retouchées.

Qu’aimeriez-vous voir dans les médias?

Geneviève: Je ne veux pas obligatoirement voir une femme mince. Ce qui m’insulte, c’est quand un mannequin taille
plus comme Crystal Renn sort de nulle part, fait l’apologie du cheeseburger pendant deux ans, puis finit par peser
110 lb toute mouillée. Quel message cela envoie-t-il?

Marie-Josée: C’est ce manque d’intégrité qui choque beaucoup de femmes.

Jessica: Il reste que les compagnies suivent les consommatrices. Je connais une entreprise qui a choisi
comme égérie une femme qui ne correspondait pas aux mensurations standards des mannequins. Ses ventes ont
chuté. Après quelques années, cette compagnie a plutôt choisi une femme qui correspond aux standards de l’industrie.

Geneviève: On ne veut pas voir la réalité. On veut une aspiration, un idéal.

Jessica: Les compagnies ne sont pas toujours les «gros méchants». En tant que femme, on doit se poser cette question: qu’est-ce qu’on veut voir?

 

BEAUTÉ D’AVENIR

Quels changements souhaitez-vous voir survenir au cours des prochaines années? Que prévoyez-vous?

Pascale: Il faut continuer de proposer aux femmes de nouveaux modèles et élargir notre définition de la beauté.

Geneviève: Oui, mais sans que ce que soit inscrit à côté: «Le shooting de la grosse!»

Kim: J’aimerais qu’on se le dise, entre femmes, qu’on se trouve belles, au lieu de faire des remarques au sujet de notre coiffure.

Geneviève: Je souhaiterais aussi qu’on arrête de faire de la beauté un enjeu. Est-ce que je suis une auteure plus
ou moins bonne parce que j’ai une apparence physique agréable? J’en ai plus que marre de ce débat!

Kim: Mais on ne peut pas passer à autre chose. En 2012, des filles extrêmement talentueuses se font remplacer par des filles plus télégéniques. Des années de lutte nous attendent encore!

Jessica: Je trouve que ce n’est pas mauvais d’en discuter, surtout si la conversation nous permet d’aller plus loin.

Marie-Josée: Exactement. Il faut parler de la perception de la beauté pour prendre conscience des enjeux liés à
cette dernière et pour se remettre en question.

Pascale: Je suis d’accord. Les choses vont continuer à changer. Les modèles de beauté vont évoluer. C’est une
roue qui tourne. On n’a assurément pas fini d’en parler!

Merci à Miss Prêt à Manger pour le service de traiteur, à Prosecco pour les bulles et à la boutique Zone pour les accessoires.

Crédit photo: Julien Faugère
Stylisme: Karyne Debonville

Maquillage: Annabelle Deschamps et Valérie Quevillon.

MIROIR, DIS-MOI QUE JE SUIS BELLE…

➻ Selon une étude internationale de la société Dove, seulement 2 % des femmes se trouvent belles.
75 % des répondantes jugent leur beauté moyenne et la moitié se trouvent trop rondes.

➻ Plus de 40 % des adolescentes de niveau secondaire sont insatisfaites de leur image corporelle et affirment vouloir modifier leur apparence.

➻ 56 % des femmes ayant un poids santé selon leur indice de masse corporelle veulent perdre du poids.

➻ Sur les 87 % de filles qui déclarent être «insatisfaites de leur corps», 9 sur 10 pensent que leur mère
«n’assume pas bien son corps».

Source: Sondage sur l'image corporelle des adolescentes au Royaume-Uni, janvier 2004.

 

TOP 5 DES PAYS DANS LESQUELS ON PRATIQUE LE PLUS GRAND NOMBRE D’INTERVENTIONS ESTHÉTIQUES

➻États-Unis

➻ Chine

➻ Brésil

➻ Inde

➻ Mexique

Note: Le Canada figure en 15e position.

 

 

TOP 5 DES CHIRURGIES ESTHÉTIQUES LES PLUS PRATIQUÉES AU MONDE

➻ Liposuccion (18,8 %)

➻ Augmentation mammaire (17 %)

➻ Lifting de la paupière supérieure ou inférieure (13,5 %)

➻ Remodelage du nez (9,4 %)

➻ Plastie abdominale (7,3 %)

Source: Sondage mondial de l’International Society of Aesthetic Plastic Surgery, août 2010, isaps.org

 

Photos par Julien Faugère

 

 

Récit par Julie Champagne